Auteur Maurice Nicollet - Extrait du livre broché, lu par l'auteur
J 'avais décidé de partir pour une dernière ascension avant l'hiver un jour d'automne particulièrement doux, " l'été indien" en quelque sorte, le ciel était un peu nuageux, mais la météo annonçait du beau temps.
Je passerai par les Sauvas, rejoindrai la source ” la fontaine du vallon " et attaquerai Bure par le sentier de droite qui conduit au col débouchant sur le plateau.
Je voulais faire des photos à la tombée du jour, avec les quelques nuages qui le soir embraseraient l'horizon, les photos seraient de toute beauté, je m'organisais en conséquence et arrivais aux Sauvas à quatorze heures.
C'était la première fois que je grimpais si tardivement, mais j 'étais seul, j'irais donc plus vile, je serais en haut vers 17h 30 ou 18 h.
Le temps de réaliser quelques clichés et je repartirais sans passer par le plateau, je redescendrai directement. J'emportais une torche avec une batterie de forte capacité qui était en permanence en charge sur la voiture. Donc pas de soucis à se faire je connaissais le sentier comme ma poche pour l'avoir emprunté une bonne dizaine de fois.
Je partais donc serein, un petit sac, une doudoune, une gourde pour la soif, l'appareil photo, la torche professionnelle avec batterie, et me voilà en route.
Après le parking le sentier s'élève rapidement dans la forêt, on sentait encore les odeurs de l'automne, la journée avait été relativement chaude pour la saison.
Je rencontrais un couple de marcheurs, qui après les salutations d'usage me demandèrent si le parking était encore loin.
- Un petit quart d'heure et vous y êtes leur dis je.
Ils en avaient peut être pour un peu plus longtemps mais devant l'état de fatigue qu'ils affichaient il ne fallait pas leur saper le moral.
Je repris le chemin conscient d'avoir menti, mais satisfait d'avoir contribuer à une bonne action. J'arrivais au passage étroit dit des cordes.
A partir de là, la montée se fait plus raide, et on est au soleil tout le long, la végétation se fait rare : quelques touffes de genévriers, des framboisiers. Puis on arrive à la source dite baptisée "fontaine du vallon". Le paysage change, la forêt disparaît au profit de maigres buissons et des tapis de rhododendrons encore fleuris, on attaque la partie la plus ardue du voyage. En plein été lorsque le soleil plombe le cirque de Bure est un véritable four, et c'est pour cela qu'on part généralement très lot le matin pour en effectuer l'ascension.
Il était prés de seize heures, le soleil était encore chaud, mais supportable, je marchais d'un pas alerte, si tout allait bien je serais au sommet vers dix-huit heures à la tombée du jour, et je pourrais profiler du coucher de soleil qui de la haut devait être magnifique.
Depuis quelques temps j’avais l'impression d'être suivi, je me retournais, et je vis très au dessous de moi un chamois solitaire qui remontait dans ma direction.
Je marquais le pas, il s'arrêta, je pensais «alors à une coïncidence ou alors il ne m ' avait pas encore repéré.
Je continuais mon ascension, je vis qu 'il reprenait sa marche et se rapprochait. Devant l'étrangeté de la situation, je décidai de faire une halte un peu longue, te chamois s'arrêta également. D'un air détaché il brouta quelques brins d'herbe, puis releva la tête pour me fixer, immobile, majestueux. Peut- être curieux de voir un humain s'aventurer en fin d’après midi dans son domaine, il me suivit lorsque je repris la marche.
Je trouvai quand même étrange que ce chamois me suive â 100 mètres derrière moi comme un animal apprivoisé.
Pendant diverses traversées j'avais eu l'occasion d'approcher quelques troupeaux de ces bêtes craintives, sauvages et magnifiques, mais chaque fois il avait fallu ruser, se cacher, observer un silence religieux et surtout les surprendre ou tournant d'une vire.
Mas là, avoir un chamois pour moi tout seul, et qui plus est ne semblait pas effrayé de ma présence me paraissait bizarre. Certains auraient vu en sa présence un présage.
Je n'étais pas superstitieux et j'effaçais bien vite cette pensée, je continuais mon chemin. J'étais déjà à mis parcours, et puis ça serait mon compagnon de route.
Vers cinq heures (17 heures pour les Parisiens), j'arrivais en vue du col qui débouche sur le plateau de Bure et fait communiquer le Devoluy avec le Gapençais.
Le chamois était toujours là, à quelques pas seulement. Je pensais alors que la curiosité de l'animal le poussait à me suivre pour voir de plus prés, et peut être mieux connaître celte race d'homme qui arpentait son domaine à cette heure trop tardive pour entreprendre une excursion.
Apres une brève halte pour boire je repartis pour le sommet du pic, j'arrivai enfin à la croix vers six heures. Le soleil se couchait, son disque rouge embrasait l'ouest. J'étais satisfait, je pouvais réaliser des photos de rêve.
Pendant la monté vers le pic, trop occupé à mon ascension, je n ’avais plus regardé derrière moi et arrivé au faîte de la plateforme que constitue le sommet du pic, je m aperçus que le chamois avait disparu.
Le spectacle était éblouissant, les paraboles se dessinaient dans le couchant, après quelques minutes d'extase je décidais de redescendre car une barre de nuages en direction de Grenoble se dessinait vers le nord, c'était signe de mauvais temps, il ne fallait pas s'attarder sur Je plateau.
La nuit ne tarderait pas.